01/02/2017

"Paterson" de Jim Jarmush

Jim Jarmush est un mCinéma, Jim Jarmush, Cinéma bio, Bleu, Golshifteh Farahani, Adam Driver, soufi, temps, Laura, poésie, aître soufi et Paterson est son chant. Le temps se fond dans la matrice du présent. Chaque sonorité émise rappelle en écho l’étendue du quotidien comme un froissement délicat, lancinant et imperturbablement cadencé. Chaque microseconde s’amplifie et entre dans une phase d’hypertrophie, dans une extension universelle ; chaque microseconde se magnifie et laisse entrevoir un microcosme décalé. Dans Paterson, le temps est à la mesure de l’Homme.  

Le film porte le nom du personnage qui porte le nom de la ville dans laquelle il vit : un véritable triptyque incarné. L’œuvre s’offre alors une résonance dans une identité circulaire où tout se répond, tout s’entremêle et rien ne se passe. Et « rien, c’est déjà beaucoup » disait Serge Gainsbourg. Beaucoup ou juste assez. Les jours passent, dans une simplicité éloquente et gracieuse, dans une mystique de la banalité. Lui, Paterson (interprété par Adam Driver), chauffeur de bus ; elle, Laura (interprétée par la douce Golshifteh Farahani), s’affaire à la confection de cupcakes. Elle, Laura, un point d’orgue discret et lumineux que Jim Jarmush emprunte au poète italien Pétrarque ; lui, Paterson, un calepin qu’il baigne de poésie, de regards qu’il surprend, de discussions qu’il imprègne, de mots qu’il sécrète comme une seconde nature.

Il y a, dans cette distance aux choses et aux êtres, comme une invitation à l’introspection et au rayonnement. Dans ce mouvement dialectique, désintéressé et détaché, dans cette apesanteur qui se traduit par des plans en plongée très esthétiques, le réalisateur signifie l’absence de résistance dans l’écoulement du temps, le glissement aérien de la répétition, aussi simplement que le jour succède à la nuit. Dans Paterson, il y a une ville qui s’éteint, des bus qui roulent sans excès, une chute d’eau qui se fracasse contre les rochers, un pont, un mur de brique rouge avec un graffiti, une guitare folk, un Japonais énigmatique. Paterson n’est pas une œuvre, c’est un état. Paterson est un chant d’une humilité transcendante et Jim Jarmush en est le maître.

06/12/2016

"Qu’il est étrange de s’appeler Federico" d’Ettore Scola

Federico, Fellini, Ettore, Scola, étrange, cinéma, italien, fiction, documentaireLe titre de l’œuvre est à l’image de la carrière des réalisateurs : rocambolesque. À mi-chemin entre le documentaire et la fiction, entre le factuel et l'onirique, Ettore Scola raconte Federico Fellini. À travers un regard à la fois admirateur et bienveillant, Scola décrit leurs premiers pas dans le journal satirique « Marc’Aurélio », foyer duquel brûlera l’avant-garde du cinéma italien, elle-même forgée par les grands cinéastes néoréalistes (Roberto Rosselini, Cesare Zavattini, Alessandra Blasetti, Luchino Visconti, etc).

Dans une mise en scène toute fellinienne, le réalisateur joue avec les apparences donnant davantage l’illusion d’un songe que d’un récit nostalgique languissant et plaintif. Embarqué dans les insomnies fécondes de Federico Fellini, le jeune Ettore Scola met en scène, dans un kaléidoscope anthologique en abyme, le génie facétieux fellinien dans un décor impressionniste.

L’ultime œuvre de Scola (mort en janvier 2016) – bien que ponctuée de maladresses et d'incohérence – reste un hommage touchant au jeune Fellini effronté et fantasque. En somme, c’est un hymne à l’amitié.

18:18 Publié dans Cinéma | Tags : federico, fellini, cinéma, italien, ettore, scola, étrange, amitié | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it!

19/10/2016

"Fuocoammare" de Gianfranco Rosi

Fuocoammare, Gianfranco Rosi, cinéma, italien, berlinale, ours d'orLa mer. Cette étendue indomptable, cette immensité capricieuse dont l’écho rythmé prend la cadence de l’espoir et bat les flancs des terres avec la même fougue que le cœur d’un homme. La mer, ce Rubicon infranchissable entre l’Europe et l’Afrique pour des milliers de migrants, prêts à affronter l’imprévisible au péril de leur vie. Les garde-côtes italiens en sont quotidiennement les témoins.

Le documentaire de Gianfranco Rosi, récipiendaire de l'Ours d’or à la Berlinale 2016, présente, dans une mise en scène en triptyque contrasté, l’afflux de réfugiés qui gagnent la petite île de Lampedusa, avec ces six mille habitants, ses falaises escarpées et son plateau désertique et rocailleux. Un lieu, deux mondes parallèles.

Le petit Samuele, fils de pêcheur, occupe ses journées au gré de son imagination, débordante de vitalité et d’innocence quand il confie secrètement à un ami que pour concevoir une fronde « il faut de la passion ». Puis, des appels au secours par messages radiophoniques à peine audibles, les cris d’âmes en perdition, en proie à une chaleur suffocante, congestionnés dans un rafiot comme dans une véritable tombe à ciel ouvert, comme dans un certain camp.  Et encore cette mer qui encercle, prête à engloutir. Entre Samuele, sujet pensant, à l’écoute de son corps et de la nature, avec ses préoccupations quotidiennes, et ses rescapés de l’enfer terrestre, il n’y a qu’un fil : ils s’effleurent sans se voir.

18:45 Publié dans Cinéma | Tags : gianfranco, rosi, fuocoammare, cinéma, italien, migrants, samuele, grütli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it!