31/10/2016

Il faut deux enseignants par classe à l'école primaire

La proposition divise.

Bon nombre d'étudiants en enseignement primaire s'entendent pour dire qu'une substitution de certains cours/séminaire par un stage à responsabilité et ce, dès la 2ème année académique, offrirait un cadre plus formateur.

Parallèlement, de nombreux enseignants, soucieux de mettre en place les meilleures conditions d'apprentissages, scrutent les pays du Nord avec envie et espoir. Des pays qui ont su investir courageusement dans la construction d'une population citoyenne avertie, dans une éducation de salubrité publique, dans un futur socialement stable en faisant fi des clivages politiques autour d'un équilibre comptable présent. Dans ces pays, disais-je, certaines classes sont tenues par deux enseignants (particulièrement dans les classes à degré mixte et les classes élémentaires où l'apprentissage de la lecture et de l'écriture marque une étape essentielle du cheminement vers l'indépendance et la liberté intellectuelle).

Pourquoi ne pas croiser les intérêts? Les enseignants, engagés dans un véritable contrat de compagnonnage sur deux ou trois mois, accueilleraient un étudiant. Une mise en place préalable des apprentissages et des relations au sein de l'établissement et de la classe aurait lieu lors d'un entretien qui fixerait le cadre de la formation. Les écoles inscrites dans un Réseau d'Enseignement Prioritaire (REP) auraient, bien évidemment, la préséance. Le coût de ce projet? Quasiment nul par rapport au statu quo: un défraiement indexé sur le RDU serait envisagé, soutenant ainsi l'effort des étudiants à bas revenu. Le but n’est pas de ressusciter un corporatisme primaire où l’intérêt de la profession se fait au détriment de l’intérêt publique, mais de mettre en place une relation professionnel où l’enseignant transmet un savoir et un savoir-faire et le futur enseignant interroge et critique cette transmission au regard de son temps.

Au-delà des partis pris politiques, cette proposition vise non seulement à remettre au centre de l'attention l'intérêt d'un système éducatif solide et pérenne, mais également de pointer la nécessité d’évolution, consciente des avancées technologiques, de la complexité et la diversité des cultures et des crises sociales actuelles qui créent les problèmes de demain et font le lit de tous les extrêmes. En chaque élève gît un adulte en devenir, se nourrissant de son épanouissement intellectuel et moral, s’affranchissant des contraintes de l’apprentissage de masse au profit d’un apprentissage quasi personnalisé. Car oui, il faut l’avouer, un enseignant ne peut véritablement et pleinement concentrer son attention sur tous ses élèves par manque de temps, d’énergie et de soutien. Ce qui fait défaut à l’enseignant laisse des lacunes chez l’enfant. Ces lacunes, l’État les paient chez l’adulte : c’est là la véritable dette de l’État.

19/10/2016

"Fuocoammare" de Gianfranco Rosi

Fuocoammare, Gianfranco Rosi, cinéma, italien, berlinale, ours d'orLa mer. Cette étendue indomptable, cette immensité capricieuse dont l’écho rythmé prend la cadence de l’espoir et bat les flancs des terres avec la même fougue que le cœur d’un homme. La mer, ce Rubicon infranchissable entre l’Europe et l’Afrique pour des milliers de migrants, prêts à affronter l’imprévisible au péril de leur vie. Les garde-côtes italiens en sont quotidiennement les témoins.

Le documentaire de Gianfranco Rosi, récipiendaire de l'Ours d’or à la Berlinale 2016, présente, dans une mise en scène en triptyque contrasté, l’afflux de réfugiés qui gagnent la petite île de Lampedusa, avec ces six mille habitants, ses falaises escarpées et son plateau désertique et rocailleux. Un lieu, deux mondes parallèles.

Le petit Samuele, fils de pêcheur, occupe ses journées au gré de son imagination, débordante de vitalité et d’innocence quand il confie secrètement à un ami que pour concevoir une fronde « il faut de la passion ». Puis, des appels au secours par messages radiophoniques à peine audibles, les cris d’âmes en perdition, en proie à une chaleur suffocante, congestionnés dans un rafiot comme dans une véritable tombe à ciel ouvert, comme dans un certain camp.  Et encore cette mer qui encercle, prête à engloutir. Entre Samuele, sujet pensant, à l’écoute de son corps et de la nature, avec ses préoccupations quotidiennes, et ses rescapés de l’enfer terrestre, il n’y a qu’un fil : ils s’effleurent sans se voir.

18:45 Publié dans Cinéma | Tags : gianfranco, rosi, fuocoammare, cinéma, italien, migrants, samuele, grütli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it!